L'enseignement de masse ayant montré ses limites et ses incohérences, les savants sachant chercher cherchaient une panacée. Ils croient l'avoir trouvée dans le passé.

Après une longue immersion, l'internat de notre jeunesse refait surface. Il est désormais accompagné. Le voilà renommé en un clic. Comme un fichier informatique. Place à l'Internat d'Excellence !

 

Le vocabulaire est l'instrument de la communication politique. On croit changer les choses en adjectivant les mots. On croit les ressusciter en exhumant des mots.

On a dit et écrit tant de mal de l'internat que je suis un peu surpris par sa résurrection.

Avant de passer aux actes et d'ordonner  « lève-toi et marche », ceux qui ont excellé à produire tant d'illettrés seraient bien inspirés de réviser un peu leur littérature. Elle abonde en témoignages sur les joies de l'interne et sur les souvenirs de ceux qui ont encadré l'institution de l'internat.

Pour faire goûter les « mérites » de l'internat on pourrait recommander la (re)lecture de ce propos d'Alain intitulé « L'odeur de réfectoire. ». En connaisseur et en quelques lignes vigoureuses Alain y montre comment l'internat « fabrique » des révoltés. Alain Propos I pages 11 et 12 La pléiade. Gallimard

En un autre propos de 1906, qui passe pour être son premier, Alain exprime la difficulté pour le système d'enseignement de changer les pratiques de l'internat.

« Tant que vous n’aurez pas supprimé l’internat, il vous faudra des répétiteurs. Et si vous débarrassez le répétiteur d’une partie de sa tâche, il faudra bien confier cette tâche à d’autres. Il est vrai que vous ne les appellerez pas répétiteurs ; comme d’autre part les répétiteurs seront dénommés professeurs adjoints, le ministre pourra dire bientôt : il n’y a plus de répétiteurs. » Alain propos II pages 3 La pléiade

« Les maîtres répétiteurs étaient les surveillants des études et de l’internat. Mais, dans les années qui suivirent 1906, leur condition s’améliora considérablement. Ceux d’entre eux qui étaient licenciés, devenus très nombreux, pourront devenir professeurs-adjoints et enseigner. Et tous, licenciés ou non, vont être déchargés de la responsabilité des dortoirs, confiée à un personnel moins qualifié : les surveillants d’internat. » ( Cf Internet Site Alain)

Ainsi sont nés les surveillants d'internat, alias maîtres d'internat, autrement dit les pions. Les paris sont ouverts pour savoir le nom de leur prochain avatar. Et moi je parie que le travail essentiel d'encadrement et d'éducation sera, comme toujours, précaire et provisoire.

Nos temps littéraires en sont aux embrouillamini amoureux. Le Petit Chose d'Alphonse Daudet est devenu une bien petite chose de la littérature. Que la blouse ait disparu de l'habillement ne doit pas faire oublier les difficultés qui peuvent surgir quand on entremêle les cultures, notamment celle des enfants de démunis et celle des enfants de bourgeois.

Quiconque a quelque peu jadis goûté à l'internat, et aujourd'hui à l'Internet, sait qu'il ne faut pas confondre costume et coutume et que la société est bien plus hétérogène qu'au début du siècle précédent.

Le « melting pot » éducatif a une mission difficile. Comme on dit d'un moteur, il doit dépoter, améliorer son rendement, bien doser les mélanges pour qu'aucun ne détone.

Moi qui suis un pur produit de l'internat républicain, je sais d'abord ce que je lui dois. Je sais aussi ce qu'il ne doit pas être.

À suivre

Pierre Auguste

Le 31 juillet 2019