En quelques mois, nous aurons déploré deux « incendies du siècle ». Certes ils ne firent pas périr 126 personnes comme l'incendie du Bazar de la Charité le 4 Mai 1897. Mais les flammes de Notre Dame de Paris et les fumées de Rouen posent mille-et-une questions brûlantes aussitôt transmises à la justice par la société organisée. Il est prudent de faire attendre les réponses le temps nécessaire pour que s'estompent les émotions. Nous excellons dans le jeu du mistigri.

 

Pour chaque grand sinistre, l'opinion s'interroge. Comment a-t-on a pu en arriver là ? Médias en tête, chacun mène l'enquête, s'exprime en ne sachant rien des faits, des circonstances, des causes, des conséquences. Comme les antilopes après une prédation, après avoir levé la tête un instant, la harde humaine assume son animalité. Elle se remet à brouter.

En bon pasteur le corps politique se fait un devoir de rassurer le corps social. Il ne lésine pas sur le dosage des tranquillisants et des anesthésiques.

Le citoyen peut très bien comprendre que l'on ne puisse pas tout dire des enquêtes en cours pour ne pas mettre en garde les personnes qui pourraient être impliquées.

Est-il convaincant de privilégier l'hypothèse d'un accident ou d'une négligence dans les causes possibles de l'incendie de la cathédrale de Paris au moment précis où l'on parle de transparence et alors que s'ouvre le procès sur un attentat manqué visant ce même monument ?

N'est-ce pas une étourderie ou une inconséquence de laisser supposer qu'une négligence et un accident puissent être ravalés dans la banalité, au mépris du désormais constitutionnel principe de précaution ?

Les habitants de l'île de la cité à Paris et de l'agglomération rouennaise ont chacun réponses à ces questions.

Ceux qui ont quelque responsabilité dans ces événements ne tardent pas à expliquer que le risque zéro n'existe pas. C'est accréditer la fatalité et considérer que tous les événements malheureux sont improbables.

L'histoire de l'aviation s'inscrit en faux d'une telle conception. Ce n'est pas par hasard que l'avion soit devenu le moyen de trans port le plus sûr. Il l'est par l'application continue et opiniâtre de quelques principes essentiels qui pourraient être utiles en d'autres activités :

-Rigueur dans la conception, la mise-en-œuvre, et la maintenance des systèmes ;

-Inventaire exhaustif des modes de défaillance de tous les éléments constitutifs ;

-Recueil, analyse et traitement de tous les incidents qui les affectent dans un ensemble cohérent et exhaustif de retour d'expérience ;

-Examen attentif de tous les incidents pour ne pas confondre un cas d'espèce dont le retour est improbable et un premier cas susceptible de se renouveler ;

-Diligence de la mise en pratique des mesures susceptibles de les éviter ou d'en limiter les conséquences .

Mais il faut constater que l'excellence du domaine aérospatial est loin d'avoir pénétré toutes les activités humaines.

Aujourd'hui l'homme a rendu le monde dangereux par trop d'inégalités, trop d'exigences, trop d'impatiences, trop de tolérances et d'intolérances et une ouverture mal maîtrisée.

Dans la paix comme dans les conflits il n'arrive que des coups improbables. C'est pourquoi furent inventés les tapis d'obus de la première guerre mondiale et les tapis de bombes de la seconde qui se termina par l'emploi de l'arme capable de « tapisser » des villes entières.

Comme pour compliquer à plaisir les difficultés de la vie collective, place a été laissée aux négligents, aux incompétents, aux malfaisants, aux terroristes qui inventent, banalisent et déroulent partout des tapis de nuisances.

On ne saurait trop recommander la circonspection pour considérer la probabilité de succès des actes de direction et de gouvernance. Il faut aussi se méfier des engouements notamment celui de prédire un brillant avenir à l'Intelligence artificielle, à ses algorithmes et à ses promesses.

Les premiers développements des véhicule autonomes montrent les risques encourus et les responsabilités engagées par la délégation à des automatismes de décision et d'exécution d'actions de conduite dans des situations complexes et rapidement évolutives. Par exemples, considérer comme un objet tel piéton qui « navigue entre les clous », choisir une action d'évitement en fonction de la « notoriété » de diverses personnes en présence et en mouvement relatif.

La vie est trop complexe et trop précieuse pour que l'homme s'exonère de la charge et de la responsabilité de se conduire.

Quand nous étions potaches on nous faisait disserter sur de belles phrases. Un jour comparaissait Platon et Nietzsche pour nous demander si l'homme est un animal grégaire. Le lendemain il fallait dire avec Saint-Exupéry qu'être homme c'est être responsable.

Camarade citoyen il est temps de choisir entre grégarité et responsabilité.

Pierre Auguste

Le 20 novembre 2019