Les discours sur la reprise économique m'ont remis en mémoire un souvenir d'enfant. J'avais alors dix ans. J'avais fait un détour sur le chemin de l'école pour observer l'animation d'un jour de foire. Je me suis attardé devant l'étal d'un marchand de vaisselle pour l'admirer dans la pratique insolite de son métier.

Arrivé en retard à l'école je dus longtemps expier ce crime par des conjugaisons écrites de verbes, à tous les temps et à tous les modes.

Allez savoir pourquoi, je pense à ce camelot chaque fois que j'entends quelque discours électoral promettant que désormais rien ne sera plus comme avant.

 

La technique venderesse était simple, spectaculaire, efficace, reproductible. Un travail d'artiste.

Le boniment commençait par l'ostentation d'une assiette proposée à vil prix. Une seconde annonce proposait une deuxième assiette pour le pris d'une. Venait ensuite la proposition d'une série d'assiettes venant en sus à des prix spécialement calibrés pour attirer l'attention d'éventuelles chalandes.

Le maître de ballet faisait alors entrer tour à tour dans la danse tous les éléments d'un service complet avec assiettes creuses, assiettes à dessert, tasses, sous-tasses, saucières, soupière...

Quand la proposition et l'assistance lui paraissaient mûres, le vendeur entamait un decrescendo sur les prix.

Venaient alors le prix choc et la proposition décisive. « Puisque personne ne veut ce magnifique service, personne ne l'aura ! ». Et là, vlan ! Sans mollesse, il précipitait par terre sa pile de vaisselle qui volait en éclats. L'assistance féminine en ahanait d'émotion.

Une deuxième séquence permettait souvent d'obtenir un premier achat salvateur lui-même suivi par des enchaînements mimétiques, par des élans de respect pour le travail humain et même par d'authentiques besoins...

Comme par miracle se déclenchait une vague de ventes renouvelable avec le renouvellement du public.

Le badaud que j'étais a ainsi découvert très tôt que le déclenchement d'un achat est un art, une science … et un imprévisible acte d'humeur. Le culot du vendeur et la perspective de la bonne affaire y ont force de loi.

Contrairement aux attentes des politiciens, des économistes et des journalistes, la reprise économique ne s'impose pas par la détermination de ce qu'il faut fabriquer. Ce doit être la réponse à la question de savoir ce qui sera susceptible d'être acheté demain. Notamment par les femmes qui ont décidé de décider de tout !

Certes la publicité est un bon outil pour créer le besoin de produits existants. Mais tous les producteurs, comme on dit, se marquent si bien à la culotte que toutes les productions finissent par se ressembler comme on peut l'observer pour les voitures.

On a bien essayé de casser des voitures vénérables pour stimuler la demande. Nul fabricant n' a encore n'a été jusqu'à détruire en public toute une série de sa dernière production de véhicules de luxe !

Les casseurs d'aujourd'hui ont l'imagination moins commerciale que celle de leurs aînés.

Reprise et Relance, où êtes vous ?

Voici donc venu le temps de réinventer l'esprit d'invention des casseurs d'assiettes du temps jadis.

Pierre Auguste

Le 15 juillet 2020