j'ai fait un rêve « étrange et pénétrant ». Bien que je n'aie jamais été candidat à quelque fonction politique, je fus anticonstitutionnellement, élu Président de la République ! La situation politique du pays étant chaotique, il me fallut bien obtempérer sans me soucier des procédures.

Vieux routard de la vie, je savais depuis longtemps qu'on ne peut plaire en même temps à tout le monde, notamment à sa femme et à ses chefs. Toute doctrine politique me paraissait vaine et vouée à l'échec. À tâtons dans les brumes de mon rêve, je me suis mis en quête d'une théorie politique dont le contenu serait proche du zéro absolu.

 

Sans doute à cause de mon grand âge, j'ai pensé au bon docteur Henri Queuille archétype des hommes politiques des troisième et quatrième républiques. Les conditions pour être élu étaient alors d'être enraciné dans une profession, dans un terroir, dans un parti politique.

Non dénué de mérites, notamment pour ses soins aux blessés de la première guerre mondiale, Henri Queuille avait laissé en ma mémoire les souvenirs de sa longévité politique, d'avoir laissé sa place à Charles de Gaulle en 1958, d'avoir été l'auteur de quelques aphorismes politiques malicieux.

La plus profonde et la plus féconde de ses pensées fut sans doute celle par laquelle il accrédita l'idée à dormir debout selon laquelle « Il n'est aucun problème politique qui ne puisse se résoudre par l'inaction. »

Cette pensée mit fin à mon sommeil et à mon rêve, sans perdre de sa pertinence et sans prendre une ride. Quand je suis éveillé, elle vogue de conserve avec ces deux autres :

« La politique, ce n'est pas de résoudre les problèmes, c'est de faire taire ceux qui les posent. » « Les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent. »

Quiconque est ainsi armé de ces quelques principes peut prendre en main ferme la conduite du char de l'état. Moi qui suis plutôt d'obédience rationaliste, j'avoue que je suis quelque peu troublé de voir les mânes du Docteur Queuille venir inspirer nos dirigeants pour se sortir de l'embarras de leur réforme des retraites.

Il aura bien fallu une intervention de l'au-delà pour envoyer à l'humanité ce fameux virus couronné afin de remodeler la démographie, de ré-abonder les financements, de réhabiliter l'inaction, de différer l'urgente réforme du siècle.

Écoutez les trompettes de la mort, elles annoncent que la retraite n'est plus vouée à un très long avenir.

Ainsi me parlent encore, les « voix qui se sont tues. »

Pierre Auguste

Le 22 juillet 2020