Réforme

Internat . 2/3 La réalité dépasse l'affliction

 

L'internat est souvent ressenti par l'exilé comme une punition divine.

Chacun y est venu en raison de quelque circonstance familiale douloureuse. (Perte d'un parent ou obligations professionnelles lointaines, allégement d'une famille trop nombreuse pour que chaque enfant puisse trouver un coin de table pour faire ses devoirs, fuite pour échapper à une famille abusive, ou dans l'impossibilité de pourvoir à l'éducation de ses enfants...)

Les causes en sont si diverses qu'il faut bien se garder d'en établir une typologie et d'en déduire des lignes de conduite omnibus. Chaque élève est un cas à traiter en tant que tel.

Mais cette individualisation du suivi des élèves et de leur travail ne doit pas occulter les difficultés de prévenir les effets de groupe. Les connaisseurs savent que les collectivité d'élèves sont traitées comme elles se comportent, et se comportent comme elles sont traitées.

Les insistances des surveillants répondent aux diableries de certains élèves et les révoltes des élèves répondent aux abus d'autorité et aux injustices.

L'internat est très souvent maudit mais le temps estompe les mauvais souvenirs et dévoile peu à peu ses vertus, notamment celle de l'amitié et celle de la curiosité.

Les vertus finissent par dominer quand ont cohabité pacifiquement la fermeté et la bienveillance, le goût du travail intellectuel et l'activité physique, les exigences et la tolérance. Bref quand les professeurs, l'encadrement, la direction et les élèves se sont accordés pour élever le niveau.

C'est en tirant à hue et à dia que l'attelage de l'enseignement risque de s'embourber.

On nous promet la diversité des enseignements, le choix par les élèves d'étudier ce qu'ils aiment , la liberté pour les internes de « s'externaliser » en découchant à leur convenance.

Tout cela ne paraît ni bien sérieux ni bien réalisable :

-La diversité des enseignements et les options sont chères en locaux et en professeurs, elles compliquent la gestion des emplois du temps.

-Le choix des enseignements par les élèves est entaché du risque d'engouement, de fourvoiement, de lacunes qui ne se révéleront qu'à long terme.

-L'internat à temps partiel risque de remettre des élèves en difficulté dans une ambiance familiale dont ils ont intérêt à s'extraire.

-L'accroissement des allées et venues des élèves risque de diminuer le temps consacré au travail et de rigidifier le contrôle des présences. Il pose le problème juridique du partage des responsabilités relatives aux mineurs entre l'établissement et les familles. Que les majeurs lèvent le doigt ! Ce sont surtout eux qui ont besoin de se concentrer sur le travail.

Autrefois on apprenait en Internat à « faire le mur ». Désormais le soir on ouvrira les portes de l'excellence.

Ô douces ou folles nuits !

Pierre Auguste

Le 14 août 2019